Vous êtes ici : Projets > Léonarda

Léonarda












Un film de Guillaume Kozakiewiez (2007 - France - 71’ - VOST français) 

Léonarda est d’abord le portrait d’une femme dont le visage porte la mesure du temps. 

C’est aussi le film de la rencontre d’un arrière petit-fils cinéaste et de son aïeule, en Biélorussie.

Le « vagabond capitaliste » et la vieille femme, paysanne catholique, forment un couple 

improbable, magique, qui vit ces moments à deux comme dans un temps hors de tout. 

Au fil des voyages et des saisons, ils apprennent à se connaître, s'aimer, se questionner... 

Léonarda ne se gêne pas pour "expliquer la vie" au réalisateur, avec un langage plein 

d'humour et de malice... 



Texte de Hervé Nisic, paru dans la revue Images documentaires:


"Voilà un film qui commence bien. La voix du réalisateur nous prévient : « la réalité finira 
toujours par s’imposer, mais elle n’effacera rien.»
 
Et pourtant, la réalité s’abat sur nous en nous proposant de suivre un dialogue étonnant 
entre une vieille paysanne de Biélorussie et l’homme à la caméra dans une langue 
inconnue de lui et de la plupart des spectateurs. 
 
La merveille du film est d’ériger d’emblée une barrière linguistique que, comme le
réalisateur, nous apprenons à surmonter peu à peu. Absent au début du film, le sous-
titrage volontairement lacunaire nous force à vivre cette expérience exigeante qu’est 
l’apprentissage de l’altérité, l’étrange langue de l’autre.
 
Parti à la recherche de ce qui reste de la famille de son grand-père arrivé en France 
dans les années 30, et muni comme tout viatique de quelques photocopies de documents 
établis par les services de l’immigration française de l’époque, le jeune Guillaume 
affronte hardiment la malice et les silences d’une vieille parente éloignée, Leonarda. 
La relation qui s’établit entre eux est une sorte d’hommage involontaire à Joseph Mankiewicz 
et son cinéma de la duperie et des faux-semblants, parfois cruels.
 
Le jeune homme de bois tendre essaie d’amadouer une vieille femme racornie par les 
épreuves de la vie, paysanne qui sait depuis toujours que son destin est de subir dans un 
pays bouleversé par les revirements de l’histoire, où supporter un régime fort peu 
démocratique apparaît comme un moindre mal. Son village kolkhozien a traversé entre 
autres la collectivisation stalinienne et les affrontements de la deuxième guerre mondiale.
 
Un commissaire politique, Watzek fils de Leonarda, est à la manoeuvre et contrôle les 
paroles de ceux qui se laissent filmer, veillant à ce que rien ne puisse susciter le courroux 
d’en haut.
 
Filmé avec une qualité de cadre absolument étonnante, Léonarda (le film) est un travail 
stimulant sur le statut de la langue. On y entend un dialecte local et le russe que manie 
Leonarda, la langue de bois de la radio et de la télévision d’Etat, l’anglais occasionnel qui 
relie les jeunes européens et les balbutiements et inventions linguistiques de l’auteur, 
lancés au fil du sens et des situations. 
 
Le couple que forment Leonarda et le réalisateur, hautement improbable et jouissif pour 
le spectateur se transforme au gré des voyages successifs vers la Bielorussie. 
« Je comprends mieux la langue,» finit par dire Guillaume Kozakiewiez, « mais je ne me 
suis jamais senti plus étranger. »
 
Rien ne s’efface cependant de l’humanité de cette relation, la réalité ne recouvre pas tout."
 


plan du site | mentions légales

Webmaster